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Call of Duty 5 : A vos auges, consommez !

Se payer de mots en fabriquant des expressions à l’ambiguïté soigneusement dosée, toujours susceptibles d’appuyer sa propre cause, est une manœuvre efficace de censure (destruction violente des "possibles latéraux" ou discrédit jeté sur la recherche de tels "possibles latéraux" et éloge de l’insignifiance). C’est ce dont on peut se convaincre en lisant, au dos de la boîte de Call of duty 5, les expressions tirées d’articles de la presse spécialisée.

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Côté obscur
Ajustement des intérêts, un processus qu’il est beau !

Au dos d’une boîte, le sens de ce genre d’expression est bien net : c’est l’exposition d’un propos élogieux, qui rappelle au badaud combien son achat est rationnel. Cependant, quand on fouille un peu dans les archives des sites concernés, on déchante assez vite. Par exemple, dans une preview consacrée au jeu et due à www.jeuxvideo.fr, l’expression "grand spectacle" apparaît certes bel et bien, mais sa signification n’est plus aussi évidente (on passe sur les "IMPRESSIONNANT" et autres "le RESULTAT dépasse toutes les ESPERANCES" tant le procédé d’isolement des propos est malhonnête, ridicule, n’engendrant que de l’insignifiance : il suffit de ne conserver de la phrase "un jeu impressionnant de nullité" que les termes utiles pour faire son beurre en désinformant)... En effet, « grand spectacle » prend alors une connotation quasi péjorative (« grand spectacle », c’est-à-dire l’ensemble des recettes faciles et utiles commandées par la poursuite du public maximum engendrant un produit omnibus d’où toute créativité semble avoir été retranchée), voire ironique (« grand spectacle » renvoyant à un procès de fabrication dont la redondance fait obstacle au spectaculaire !). Bref, il semblerait que dans cette preview l’expression retenue renvoie davantage à une attitude de doute plutôt qu’à une affirmation élogieuse.

Quoi qu’il en soit de savoir précisément si l’expression est effectivement tirée de cette preview ou d’un autre commentaire dans lequel elle aurait vraiment la signification que lui prête le distributeur, il convient de remarquer que la corruption est plus profonde. C’est que la presse spécialisée et les distributeurs partagent un vocabulaire « critique » toujours susceptible de faire taire la critique, charriant une ambiguïté toujours utile au bon ajustement des intérêts : le procès de publicité est le même pour la critique et pour la vente. Autrement dit, la critique, plutôt que de résister à une intégration dans une totalité non vraie, s’insère dans un espace public établi par la manipulation et la domination (au sens de Bourdieu, c’est-à-dire pétition de principe réifiée dans laquelle le processus de reproduction de l’ordre social est assuré en faisant des propriétés sociales des dominants le fondement légitime de la domination). Dès lors, l’idée d’une critique responsable, sérieuse, constante et ferme apparaît toujours comme un peu absurde et ridicule. Au contraire, les règles à suivre sont : « 1) ne jamais critiquer, en toutes choses, qu’un aspect secondaire, et non le point principal, et 2) ne jamais donner l’impression de se dissocier complètement de ceux que l’on critique et de prétendre appartenir à une autre catégorie que la leur. La critique n’est acceptable que quand elle ne constitue pas une menace réelle pour les institutions ou les personnes qu’elle vise [...] » [1].

N’oublions pas l’essentiel : l’important est de pouvoir consommer en toute circonstance. La corruption de l’espace public par le partage d’un vocabulaire critique partout le même, pauvre et ambigu (idéologie du débat sur plateau télé et éloge du conformisme !) en est une des conditions de possibilité. Ah, le marché et le meilleur des mondes possibles...

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oueur, neutralité et marché
C’est beau un monde qui joue !

samedi 8 novembre 2008


Voir en ligne : Jeuxvideo.fr


[1Jacques Bouveresse, Schmock ou le triomphe du journalisme, La grande bataille de Karl Kraus, IX, Comment lutter contre la corruption ?, Paris, Seuil, Liber, 2001, p. 171

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