The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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vendredi 21 octobre 2011

FROM HELL

Que valent les éditos de Gameblog.fr ?

« Ils sont tellement lisses et rasés partout
qu’ils n’ont même pas un poil d’honnête homme
par lequel on pourrait les attraper »
Thomas More

« Ne pas avoir d’idées et savoir les exprimer :
c’est ce que fait le journaliste »
Karl Kraus

« Le diable est optimiste
s’il pense pouvoir rendre les hommes pires qu’ils ne sont »
Karl Kraus

« D’oh ! »
Homer Jay Simpson

(Nd Eidolon : devant le manque d’objectivité manifeste de Tonton, j’ai décidé de répliquer par une lettre ouverte que vous trouverez ici)

Cet article est une pièce supplémentaire à verser au dossier noir du jeu vidéo, ce dossier que l’on instruit en vue de porter l’estocade à cette noble activité.

Il existe en philosophie de la religion [1] un problème qui est bien connu et qui est celui du mal. Pour le dire très vite, l’hypothèse de l’existence d’un Dieu bon, omniscient et omnipotent est rendue douteuse, car l’existence du mal est, en un certain sens au moins, confirmée de façon non négligeable par l’expérience ordinaire que nous en faisons.

Aujourd’hui, les Editos que produisent Rahan et Chièze sur www.gameblog.fr donnent une force renouvelée à l’objection que l’on peut dériver de l’expérience ordinaire du mal. Dans quelle mesure lire le travail de Rahan et Chièze c’est également faire l’expérience ordinaire du mal ? Rahan et Chièze sont-ils des suppos du Malin, et dans quelle mesure ont-ils conscience de la responsabilité proprement transcendantale qu’engagent leurs éditos ? Y a-t-il un bon exorciste sur la toile ?

Comment fabriquer un Edito à la mode de Chièze et de Rahan ? On peut distinguer (pour l’heure) au moins deux cas de figure :

(A) Si votre intention est polémique (Cf. les éditos 1, 3 et 6) : 1) créer de toute pièce un adversaire fictif (il peut s’agir d’une croyance, d’une personne, d’un groupe de personnes, d’un type de personne, etc.) 2) Affronter cet adversaire fictif 3) Remporter la victoire 4) S’en glorifier.

(B) Si votre intention n’est pas polémique (Cf. les éditos 2, 4 et 5) : 1) Choisir un sujet dans le vent 2) Considérer ses croyances les plus mal assurées et les plus directement reliées à ses préférences subjectives (personnelles, professionnelles ou communautaires) comme autant d’énoncés vrais, ou ayant des chances raisonnables de l’être ; suffisamment vrais en tout cas pour appuyer et orienter votre discours 2’) Corollaire : ne placer, entre soi et ses conclusions, ni argument, ni justification 3) Ecrire quelque chose de flagorneur 4) S’en glorifier.

Le mal dont il est question dans les éditos publiés sur www.gameblog.fr est ce que l’on appelle le mal moral. La stratégie du mal est la suivante : se présenter sous la figure apparente du bien, accéder aux désirs puis à la crédulité des personnes, afin de faire accepter ce qui est le pire en réalité. C’est en dévoyant ce qu’il y a de bon que le mal opère : sous les apparences du bien ou du désirable, il désoriente, détruit tous les repères, mélange ce qui doit être distingué, etc. Ce que vise le mal moral, c’est l’institution du mensonge et son moyen le plus efficace, c’est de désapprendre le goût de la vérité ; c’est de rendre indifférent à la vérité par le moyen de la séduction.

Prendre ses désirs pour des vérités est ainsi l’un des effets, et non des moindres, que le mal moral a sur nous, et c’est précisément ce genre de confusion que favorisent les éditos de Rahan et Chièze.

« Tout ça pour dire que les frontières sont floues, dès lors qu’on creuse un peu, et que s’étiqueter me paraît stupide. Il y a des jours où j’ai envie d’un gros Big Mac, d’autres où je ne jure que par la cuisine de maman, d’autres encore où je me permets un restau un peu gastronomique... mais aucun où je me sente moins passionné par la bouffe suivant le degré d’élitisme qu’on y met pour la réaliser, et encore moins de jour où je ressens le besoin de mépriser ce que mange autrui et de le lui faire savoir » (Rahan, Edito, 1, « Je ne veux plus être un hardcore gamer »).

Qu’est-ce que c’est que vouloir être un hardcore gamer ? C’est peut-être, en dépit de tous les mauvais exemples et de toutes les tentatives inabouties de définition, vouloir conserver la possibilité de distinguer les jeux vidéo que l’on peut qualifier de bons de ceux qui doivent être qualifiés de mauvais, et c’est réfléchir à la façon la moins arbitraire de procéder. C’est ensuite s’en tenir à cette recherche, ne pas l’abandonner, puis en accepter les conséquences, si difficile que cela puisse être, si limitatif que cela doive être.
Or, que représente la citation de Rahan ? La destruction même de toute recherche et de toute idée de conséquence logique et pratique : elle institue, sous des airs séduisants, le règne du relativisme où tous les discours se valent, où toutes les actions se valent, et où une recherche du meilleur par les meilleures raisons est rendue ridicule ; il s’agit bien plutôt ici de rabattre la vérité sur les désirs les plus impulsifs et les plus irréfléchis :

_________

LA SEQUENCE DU MAL EDITORIAL

(p est une proposition quelconque, par exemple : « je ne suis pas un hardcore gamer » ; t est un instant donné quelconque : le moment où l’on croit que p ou le moment où l’on fait p)

1. Je désire p en t0, donc p est vrai en t0 ; je désire non-p en t1, donc non-p est vrai en t1.

2. Je désire faire p en t0, donc p est bon en t0 ; je désire faire non-p en t1, donc non-p est bon en t1.

3. Vous objectez que ce que je dis ou fais est inconséquent ? Vous êtes des empêcheurs de penser et tourner en rond : tout ce vaut du moment qu’on le désire, qu’on le désire sincèrement, c’est-à-dire, au moins, sans avoir l’intention de tromper l’autre.

1’. …, etc.

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Pour reprendre l’exemple culinaire de Rahan, il peut tout simplement y avoir de bonnes raisons de ne pas vouloir aller au Mac Do, quand bien même on en aurait envie. La responsabilité morale repose précisément sur la recherche des meilleures raisons pour orienter l’action, et non pas seulement sur la paresse intellectuelle et les impulsions circonstanciées : une main d’œuvre exploitée, un gaspillage écologique réel, la destruction du goût pour les bonnes choses, etc., peuvent être de bonnes raisons de ne plus aller au Mac Do, même si cela démange et même si cela n’est guère en accord avec les goûts du jour !

« D’abord, c’est une forme de sauvegarde du patrimoine ; si les plus vieux et les plus collectionneurs d’entre nous ont peut-être la chance d’avoir encore les consoles et versions d’origine, il faut bien se rendre compte que les nouvelles générations ont elles aussi droit à cette rétro-culture, surtout depuis le temps qu’on les tanne dans les Podcasts sur des vieux jeux qui existaient parfois avant qu’ils aient les doigts assez grand pour tenir une manette (oui, tous les jeunes joueurs écoutent les Podcasts de Gameblog, évidemment) » (Rahan, Edito, 3, « Remake my day »).

C’est ici le seul endroit, dans tous les éditos publiés à ce jour par Rahan, où il est possible d’avoir affaire avec un semblant de problème et d’argumentation (quoique cela ressemble davantage en fait à une affirmation péremptoire et opportuniste, que l’on est en droit de refuser sans avancer aucune raison, puisque l’idée nous a été imposée sans raison). Cependant, pourquoi ne pas causer alors de ce qui est ici important pour le jeu vidéo ? Ce serait une attitude « mature » d’essayer de creuser un peu : Qu’est-ce qu’un patrimoine ? Pourquoi, précisément, le jeu vidéo n’est-il pas considérer comme un patrimoine ? Est-ce à tort ? A raison ? Par ailleurs, comment affirmer conserver une œuvre, tout en la modifiant et la mettant au goût du jour afin qu’elle soit de nouveau susceptible de plaire ? S’il ne s’agit pas d’un détournement de l’œuvre, comment établir une différence entre œuvre originale, restauration de l’œuvre et simple perversion opportuniste ?
Là encore, le seul critère que trouve à avancer Rahan est son bon plaisir, appuyé sur une base affective qu’il prétend être commune à nombre de joueurs fictifs qu’il invoque pour les besoins de sa cause …

Mais le refuge contre ces objections et le plus grand mensonge du travail de Chièze et de Rahan – et c’est par cette voie que s’insinue le mal, car c’est en suivant cette voie qu’il est le plus parfaitement déguisé –, c’est de faire croire que, à défaut d’être rationnel (Rahan et Chièze eux-mêmes ne peuvent pas soutenir, sans paraitre ridicules, que leurs Editos sont rationnels : ils baptisent « argument » ce que bon leur semble et passent outre les faits…), leur travail est à tout le moins raisonnable. Que signifie ici raisonnable ?

Les deux journalistes font mine de se situer en un juste milieu [2] : ils tâchent de se situer entre deux types d’extrêmes qu’ils désignent à chaque fois, et c’est en ce sens que leur propos semble pouvoir être dit mesuré et raisonnable.

Par exemple : le terme « ludophile », que forge Rahan dans son édito 1, permet de rejeter deux positions extrêmes qui lui paraissent aussi déraisonnables et fausses l’une que l’autre : le hardcore gamer et le casual gamer ; dans l’édito 2, il tâche d’élaborer une voie médiane en ce qui concerne l’importance du Japon, conçu comme un acteur du jeu vidéo mondialisé d’aujourd’hui, voie médiane située entre l’adoration a priori et le rejet irréfléchi ; dans l’édito 3, il cherche à donner une légitimité à la pratique du remake en évitant, d’une part, les discours qui rejettent cette pratique en la qualifiant de duperie commerciale et la position passéiste qui risque de manquer ce qui se produit d’original aujourd’hui dans le jeu vidéo ; dans l’édito 4, à propos de la question du réalisme, Rahan cherche à établir une opinion mesurée entre la recherche de l’imitation parfaite de la réalité et le rejet de toute tentative de cette sorte ; dans l’édito 5, est recherchée une définition de la maturité qui se situe entre l’intellectualisme ou esprit de sérieux et la permissivité absolue ; enfin, dans l’édito 6 (mon Dieu, que dire de l’édito 6 !), Chièze situe le jugement de goût (et c’est être diablement charitable que de dire qu’il demeure encore quelque chose comme un jugement lorsqu’ici Chièze enfourche son balai de sorcière !) entre objectivité (chef d’œuvre) et subjectivité (simple plaisir de jouer). Cette démarche n’est-elle pas louable, compte tenu des contraintes d’accessibilité imposées par ce genre de travail ?

Mais en réalité le travail de Chièze et de Rahan n’est ni mesuré, ni raisonnable ; leur travail aurait été mesuré s’il avait représenté une sorte de moyenne entre le subjectivisme et l’objectivisme. Mais comme on peut le constater en lisant ces éditos, Rahan et Chièze adoptent une position subjectiviste de part en part. D’un bout à l’autre leur travail n’est que la simple extrapolation de préférences subjectives individuelles (les extrêmes ne correspondent à rien de réel, mais sont au mieux des caricatures, au pis des fictions construites pour le besoin de la cause) et communautaires (il s’agit d’une part de flatter le sens commun d’un joueur dont l’acquiescement rapporte de confortables revenus (et que Rahan et Chièze considèrent comme ayant tout juste dépassé le stade du rapport compulsif avec ses jeux vidéo) ; il s’agit d’autre part d’exagérer l’importance de sa profession en l’insérant artificiellement dans des débats importants qu’on ne prend jamais soin de clarifier : patrimoine, maturité, réalisme, etc.), préférences subjectives que les deux journalistes de www.gameblog.fr n’essaient jamais de tempérer par quelque argument ou épreuve de faits que ce soit.

« Apprécier un produit culturel étant par définition subjectif, vous avez déjà dû rester de marbre face à des jeux adulés par le monde entier. N’hésitez pas à partager ces sensations dans le forum. Car oui, aujourd’hui, l’heure est à la confession… » [3] SatanRahan … Chièze

Bref, en un mot : cette apparence de mesure cache une tromperie réelle ; et c’est un mal qui tend à prouver que Dieu nous a abandonnés …

par Tonton

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Notes


[1Cf. sur ce problème, Philosophie de la religion, Approches contemporaines, Textes réunis par C. Michon et R. Pouivet, Textes clés, Paris, VRIN, 2010.

[2On rappelle, pour information, que l’idée de « juste milieu » est élaborée par Aristote (Cf. Ethique à Nicomaque, Livre II, chapitres 7 à 10) et quelle représente une des conditions nécessaires de l’acte vertueux ou bon. Selon Aristote, l’acte vertueux ou bon est un « juste milieu » situé entre deux extrêmes (l’excès et le défaut). Le juste milieu permet une plus grande souplesse d’application aux situations particulières (ce qui est vertueux ou bon doit également être possible et applicable aux situations particulières et concrètes : la vertu doit être effectivement réalisable (autre condition nécessaire de l’acte bon)). Si le juste milieu peut être défini comme la moyenne de deux extrêmes, sa mise en œuvre est cependant difficile, car chacun doit aussi composer avec un déséquilibre qui lui est propre et pour ainsi dire naturel, déséquilibre à chaque fois différent selon la situation et les extrémités qui la bornent : spontanément, en chaque cas où des extrêmes et un juste milieu peuvent être définis, sommes-nous plus près d’un des deux extrêmes, on penche naturellement d’un côté plutôt que de l’autre, de sorte qu’agir de façon vertueuse demande une compensation, une rectification spéciale qui permet, finalement, de se situer en un juste milieu. Exemple : celui qui doit faire preuve de courage, lorsque les extrêmes sont la témérité et la lâcheté, et qui à tendance par nature à pencher d’un côté plutôt que de l’autre, obtiendra le courage en compensant son déséquilibre ; Rahan ou Chièze étant par nature enclins à se rapprocher du subjectivisme plutôt que de l’objectivisme, devraient, pour obtenir le juste milieu qu’ils donnent l’apparence de rechercher, compenser par davantage d’objectivité, etc. Cette idée de juste milieu est donc un repère pour orienter son action vers le bien : en définissant ce qui n’est pas un bien (les extrêmes), en tenant compte des déséquilibres de chacun selon ce qui est en jeu, on peut tâcher d’agir mieux.

[3Il y a tellement de contradictions, d’imprécisions, de confusions et d’arbitraire dans une telle formule que l’on ne peut que citer et exposer pour donner à comprendre. Le travail critique et satirique est pour ainsi dire déjà fourni. On se rappelle de Karl Kraus qui soutenait que la citation était un des procédés critiques et satiriques les plus efficace : en effet, très souvent, celui qui s’essaie à la critique et la satire se retrouve en situation de concurrence déloyale avec la réalité, qui a toujours un coup d’avance dans l’ordre du ridicule ; et finalement, il ne reste plus qu’à citer pour montrer l’étendue proprement ahurissante de la catastrophe : "On n’a besoin que de dire la plupart des choses comme elles sont pour faire une excellente satire" ; "C’est trop. Un satiriste peut fermer boutique quand la réalité lui fait une telle concurrence dans la malpropreté", cité par Jacques Bouveresse, in Schmock ou le triomphe du journalisme, La grande bataille de Karl Kraus, Chapitre X, "La satire est-elle encore possible ?", Paris, Seuil, 2001, p. 179