The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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mardi 7 avril 2009

La vérité éclate (enfin) au grand jour !

Essai d’application (modeste) des règles de LA méthode Chièzo-carionienne ou méthode journalistiquo-sensationalisto-prophétique où l’on affirme la vérité suivante : Chièze c’est Folin et Folin c’est Chièze, DONC le jeu vidéo.

Le petit monde officiel du jeu vidéo français connait, grâce à Interface, sa première révolution épistémique officieuse. Saura-t-elle se faire reconnaitre ? Progrès ou bouleversement paradigmatique ? Que gagne l’objet jeu vidéo ? Hein ?

Une enquête extrêmement poussée avec et sur notre génie personnel (application stricte de la méthode Chièzo-carionienne ou méthode journalistiquo-sensationalisto-prophétique dont il faut tout de même rappeler les principales étapes :

1, ne pas construire de problème et ne répondre à aucune question 2, chercher dans son moi, grâce aux préjugés favorables que l’on nourrit à son égard, ce qu’il s’agit d’affirmer de façon péremptoire 3, se considérer comme chargé d’informer les autres (de façon critique de surcroît) en étalant sa propre ignorance et ses partis pris et soutenir que ces derniers sont aussi neutres qu’il est possible de l’être 4, reconnaître que traiter subjectivement de toutes choses c’est traiter objectivement des choses mêmes (appliquer cette méthode c’est soutenir en effet qu’on ne peut guère procéder autrement que comme on le fait (un peu partout) (invocation de la nécessité qui, soit dit en passant, semble curieuse lorsqu’on affirme par ailleurs (un peu partout) et par exemple faire du jeu vidéo "autrement"...)) 5, décrire modestement sa glorieuse rencontre avec ce dont il s’agit de causer et considérer celle-ci comme la description immédiate des faits tels qu’ils sont, en un mot : il faut prophétiser, mais modestement 6, considérer les 5 premières étapes comme formant le meilleur moyen de communiquer avec son lecteur 7, rappeler la modestie de son entreprise en toute circonstance afin de discréditer d’avance toute critique un peu sérieuse ou virulente, espèce de critique qui ne verrait pas pourquoi il faudrait toujours faire comme si tout ce que disent ceux qui appliquent ladite méthode devait, par le fait même, avoir un sens ; et si un lecteur s’obstinait malgré tout, surtout ne pas discuter de ce dont il s’agit, puis affirmer que le pauvre bougre n’y entend rien afin de prouver combien la méthode Chièzo-carionienne favorise la discussion)

ainsi, cette espèce d’enquête nous a-t-elle permis de découvrir que l’on pouvait tout à fait affirmer de façon péremptoire, mais vraie, que Julien Chièze de Gameblog et Sébastien Folin de Tf1 n’étaient en réalité qu’une seule et même personne

(il faut encore rappeler que la méthode Chièzo-carionienne ou méthode journalistiquo-sensationalisto-prophétique affirme à peu de chose près que connaître un objet (par exemple, le jeu vidéo ou tel jeu vidéo lors d’un test) c’est : un journaliste-sensationaliste-prophète J à la connaissance C si : J affirme que C est vraie (c’est-à-dire correspond à ce dont il s’agit de causer (non pas à n’importe quoi d’autre) et représente un voie d’accès à cet objet (non pas à n’importe quel autre)). Dès lors, si je me fais journaliste-sensationaliste-prophète et que j’affirme, en auscultant les abîmes de mon génie personnel, que "Chièze et Folin sont une seule et même personne", alors cette affirmation est vraie. Peut-être trouverez-vous cela critiquable, voire ridicule ? Mais ce que je dis est fort modeste et ne mérite pas tant d’acharnement ! Qui plus est, cela se pratique tous les jours en tout milieu : pour qui vous prenez-vous avec vos critiques ? Vous êtes précisément l’orgueilleux, qui, sans doute mû par le ressentiment et le besoin de gloriole, crache sa méchanceté au visage de ceux qui prennent soin de leurs lecteurs. Quoi encore ?! Notre façon de faire représenterait un relativisme généralisé ce qui serait sans doute dangereux en soi, au moins contradictoire parce que notre métier représenterait lui-même une activité à responsabilité communicationnelle ? C’est nous accorder beaucoup trop d’honneur et d’influence que d’affirmer cela, n’oubliez pas : nous ne sommes que d’humbles journalistes critiques qui rapportons de simples faits).

Cependant, devant le caractère révolutionnaire de notre affirmation et malgré notre respect des règles de la méthode Chièzo-carionienne, il doit subsister quelques sceptiques. Voici donc des preuves supplémentaires qui, comme il se doit, convaincront les derniers esprits tourmentés. Ainsi, après de longues heures de travail introspectif à vide, nous sommes enfin justifiés d’affirmer que :

1,Il ne faut pas se fier aux apparences,
2, puisque Chièze et Folin se ressemblent vaguement,
3, alors ils sont identiques.

Ce raisonnement est testable et nous donnons ici le matériel expérimental que nous avons utilisé nous-mêmes : que chacun reproduise chez lui notre expérience et en tire les conclusions objectives qui s’imposent !

(On peut maintenant enrichir la définition de la connaissance selon la méthode Chièzo-carionienne ou méthode journalistiquo-sensationalisto-prophétique, en effet : un journaliste J à la connaissance C si : 1, J croit que C est vraie 2, J utilise une pétition de principe P ou à peu près n’importe quoi Q afin de justifier sa croyance C 3, J teste (P.(P ou [disjonction non exclusive] Q) = C) au moyen d’une expérience E 4, J affirme au moyen de [(P.(P ou Q) = C).E] que C est vraiment vraie pour de vrai (et non pas pour de faux) 5, Remarquer que l’on utilise les lettres J.P.Q.C.E ce qui, tout de même, est un signe 6, camoufler toutes les étapes compliquées (mais nécessaires) de cette méthode d’objectivation en affirmant directement et péremptoirement ce dont il s’agit (pour plus de modestie vis-à-vis du lecteur) ; autrement dit, pour le bien de tous, en revenir à la formule : le journaliste-sensationaliste-prophète J affirme que C est vraie, donc C est vraie).

On comprend mieux maintenant le côté oraculaire et gaffeur du testeur, le côté technologique et presque en 3-D du second ainsi que la belle harmonie du tout, et ne sommes plus égarés par le faux principe d’individuation des corps singuliers séparés et/ou interagissants, principe qui guide encore trop souvent, c’est regrettable, la critique vidéoludique.

Notre raisonnement est bien un progrès pour le jeu vidéo : en effet, la méthode utilisée donne clairement à comprendre que l’objet jeu vidéo n’est rien autre chose que le journaliste-sensationaliste-prophète qui en cause (oh ! Mon génie personnel me susurre à l’instant une idée (et il faut savoir écouter les ruptures créatrices et discontinues de son génie personnel lorsqu’elles émergent (tout comme il faut, surtout, savoir les vendre), mais cela demande du courage : l’instant créateur, par la violence même de son surgissement, ne nous sépare-t-il pas de nous-mêmes et ne nous éloigne-t-il pas des autres ?), une idée (profonde) de mot d’esprit (subtile) qui n’est pas loin d’ailleurs d’être un création conceptuelle (mais il faut rester modeste) : si LA méthode nous apprend que le jeu vidéo est réductible à celui qui en parle, ne peut-on pas appeler le "jeu vidéo" le "je vidéo" ?! Ah ! Nouvelle irruption créatrice : écrire plutôt, afin de gagner en modestie, subtilité et objectivité : le JE(U) VIDEO !). Puisque nous connaissons mieux maintenant la nature d’un des plus illustres causeurs vidéoludiques de cette espèce, alors nous connaissons mieux la nature du jeu vidéo lui-même. Notre raisonnement confirme encore la valeur de la méthode Chièzo-carionienne ou journalistiquo-sensationalisto-prophétique puisque celle-ci nous a permis d’éliminer le faux principe d’individuation des corps singuliers séparés et/ou interagissants qui faisait obstacle à la connaissance vraie (pour de vrai) du jeu vidéo. De rien.

"Dans les périodes où tout va bien pour eux [les journaux], ils n’hésitent pas à se présenter comme les formateurs de l’opinion éclairée et les éducateurs du jugement, ce qui, au yeux de Kraus, revient à usurper une fonction qui exigerait des moyens intellectuels et des qualités morales dont les journalistes sont généralement dépourvus. Mais quand les choses deviennent nettement plus difficiles et que la critique commence à se faire un peu trop insistante, le journal se met tout à coup à jouer l’air bien connu du serviteur de la démocratie rempli d’abnégation et de modestie, qui est seulement à l’écoute du public et n’a ni les moyens ni l’envie de lui dicter de quelque façon que ce soit ses opinions [...]. "Il est remarquable, constate Kraus, de voir à quel point les journalistes se font une idée modeste de leur métier, quand on l’attaque, et avec quelle effronterie ils se pavanent comme la sagesse du monde, quand ils se recommandent aux lecteurs et croient être seuls avec eux. Eux-mêmes, dans les congrès par exemple, ne peuvent pas se manifester trop d’honneur, mais, quand on se comporte avec eux de façon polémique, on leur fait trop d’honneur" [Deir Frackel, 613-21, avril 1923, 37] [...]. Mais il reste, malgré tout, un problème difficile et peut-être même impossible à résoudre de façon satisfaisante. Il n’est effectivement guère possible de compter sur la façon dont les journaux évaluent eux-mêmes l’importance de l’action qu’ils exercent sur leur public pour se faire une idée exacte de ce qu’elle est. Mais il n’est malheureusement pas non plus certain que l’on dispose, même aujourd’hui, d’instruments réellement appropriés pour y parvenir. C’est, bien entendu, la raison pour laquelle la responsabilité exacte des journaux dans ce qui se passe est et restera probablement toujours une chose si difficile à établir pour ceux qui voudraient les juger, et si facile à éluder pour eux. On peut, je crois, considérer que c’est encore un point sur lequel le pessimisme de Kraus était probablement justifié" [1].

par Tonton

Messages

  • Autant d’acharnement sur un seul individu ôte toute crédibilité à vos propos, fort abscons par ailleurs. Et puis remettez les choses dans le contexte : on parle de jeu vidéo, pas de politique...


    • Tout de même 3 articles en 4 mois, on est loin de l’acharnement que vous décrivez. Si l’on compare au nombre d’articles que nous aurions pu écrire (admirez le procédé !) je trouve personnellement que la proportion est assez adéquate, presque scientifique, et au total d’une grande modération.

      Enfin, si vous pouviez m’expliquer un peu pourquoi le jeu vidéo n’est pas un sujet digne de recevoir des avis pertinents ou une critique qui ressemblerait à autre chose qu’une longue et douloureuse génuflexion, j’en serais très heureux. Et pour ce qui est de la satire proposée ici par Tonton, si l’on s’arrête un peu sur la méthode, je la trouve tout à fait recevable tant cela relève bien plus d’une quasi sociologie des médias vidéoludiques qu’à l’acharnement que vous dénoncez.

      Enfin, pour appuyer votre propos n’hésitez pas à consulter le dernier Joffrin : Médiaparanoïa.


    • Julien,

      C’est votre droit de ne pas être d’accord avec ma démarche et de me faire un procès d’intention, mais vos affirmations mériteraient peut-être un effort argumentatif minimal : je pourrais tout aussi bien ignorer ce que vous affirmez puisque, précisément, vous ne faites qu’affirmer ici ce qu’il vous plaît de dire.

      Par ailleurs, le procès d’intention est un procédé bien commode qui permet de ne pas trop s’intéresser au contenu d’un article, quand bien même celui-ci vous paraîtrait abscons et hors de propos. Il est en effet plus facile d’affirmer sans plus qu’il n’y a rien de discutable et de pertinent dans la position de celui que l’on entend récuser, et de ne retenir que des absurdités que l’on invente soi-même et qu’on aimerait bien être celles que croit celui dont on critique la « production ».

      Vous me dites : « Autant d’acharnement sur un seul individu ôte toute crédibilité à vos propos, forts abscons par ailleurs. Et puis remettez les choses dans le contexte : on parle de jeu vidéo, pas de politique… »

      Il y a trois choses dans votre post : 1, « Autant d’acharnement sur un seul individu ôte toute crédibilité à vos propos » ou le problème de la nullité de l’argumentation ad hominem 2, « fort abscons par ailleurs » ou le double problème de la clarté et de la difficulté 3, « Et puis remettez les choses dans le contexte : on parle de jeu vidéo, pas de politique… » ou le problème des limites de la pertinence de la critique vidéo ludique et ses enjeux politiques.

      1, Le problème de la nullité de la critique ad hominem :

      On peut définir une argumentation ad hominem comme une argumentation ne valant que contre la personne à laquelle on s’oppose, par exemple le fait d’utiliser la vie privée de l’adversaire pour argumenter contre les principes qu’il défend. Autrement dit, il s’agit de récuser ou ridiculiser la production de son adversaire au moyen d’éléments biographiques de celui-ci. Ce genre de procédé pose des problèmes évidents : peut-on dire que ce que soutient publiquement une personne peut-être réduit à sa vie privée, de telle sorte que ces deux dimensions n’en forment en réalité qu’une seule ? Comment distinguer dans ce cas privé et public ? Comment évaluer la valeur des évènements privés que l’on mobilise en vue de défaire son adversaire ?, etc. Ce genre de procédé semble donc engendrer plus de difficultés qu’il n’en élimine : sa valeur argumentative est fort douteuse (elle n’est pas nulle parce qu’elle peut, suivant l’auditoire à qui l’on s’adresse, s’avérer particulièrement efficace et persuasive…).

      Ai-je moi-même utilisé ce genre de procédé, dans cet article en particulier ou même dans d’autres articles ? Je ne crois pas. Nommer celui que l’on critique ce n’est pas, par le fait même, sombrer dans ce genre de procédure argumentative douteuse. Désigner clairement un adversaire me semble, à tout prendre, plus honnête que de produire des insinuations floues qui permettent toujours de se rétracter si les choses chauffent. Comme le dit à peu près Bourdieu dans les premières lignes de Homo academicus, la responsabilité du lecteur consiste à ne pas transformer toute désignation personnelle en une attaque gratuite et ad hominem ; par ailleurs, comme il le rappelle à peu près au même endroit, comment ne pas citer de noms (ou de pseudonymes) lorsque l’on tâche de critiquer des personnes qui se meuvent dans des univers sociaux où l’un des enjeux est précisément de « se faire un nom » ? Si mon article est une satire désignant clairement Julien Chièze et Erwan Cario, il ne se réduit pas, par le fait même, à une insulte gratuite exclusivement tournée vers ces deux individus concrets. Je parle bien d’une méthode journalistique générale, que je prends le temps de décrire, même s’il s’agit d’une description satirique. C’est dans ce cadre que ces deux individus et leurs travaux viennent s’inscrire comme deux exemples qui me semblent illustrer de façon particulièrement nette ladite méthode.

      On peut donc être plus précis et soutenir qu’une argumentation ad hominem qui consiste à utiliser des éléments biographiques privés afin de récuser des productions publiques n’est qu’une forme particulièrement pauvre de l’argumentation ad hominem dont les conséquences ne concernent pas nécessairement toute forme d’argumentation de ce genre. On peut très bien citer une personne précise dans le cadre d’une argumentation plus générale ; on peut très bien concevoir que dans certains univers sociaux, comme c’est le cas pour le journalisme, une personne peut représenter bien autre chose que sa simple individualité : Chièze (Cario aussi d’ailleurs) n’est-il pas, par exemple, souvent présenté comme le « porte-parole » de la critique vidéo ludique ?, etc.

      Vous me direz que le problème n’est pas tellement celui-ci, mais bien plutôt la répétition, contre la même personne, d’une argumentation ad hominem qui donne alors l’impression d’être un règlement de compte plutôt qu’elle ne donne à comprendre autre chose. Ma réponse est toujours la même : je ne vois pas en quoi une critique un peu virulente et satirique, même répétée, contre un même personnage public devrait, par le fait même, couvrir son auteur de discrédit et/ou perdre toute pertinence : votre affirmation qui dit à peu près « critique ad hominem répétée et/ou acharnée, donc critique sans valeur » me semble tout bonnement fausse : je ne vois pas bien en quoi ce qui précède le « donc » serait nécessairement lié à ce qui lui succède. Il faudrait en tout cas vous expliquer…

      Enfin, vous pouvez toujours supprimer de mon article les références faites aux individus, il ne conservera pas moins une signification suffisante : il subsiste en effet la description d’une méthode générale qui représente l’enjeu même de cet article et représente ainsi ce qu’il s’agit de critiquer si, comme vous, on pense qu’il y a lieu d’émettre des critiques. Pourquoi alors ces références aux individus si ces dernières comptent si peu ?

      Ce qu’il s’agit de comprendre ce n’est pas que les références faites aux individus ne comptent pas, mais qu’elles ne sont pas les seules à assumer l’intérêt de l’argumentation. Ces références entrent dans le cadre d’une satire qui vise à remettre en question deux présupposés (pour ne pas dire deux dogmes) de la critique vidéo ludique que les individus désignés dans l’article contribuent largement (ils ne sont pas les seuls) à faire passer pour des évidences (pourquoi choisir Chièze et Cario me direz-vous ? (dans le désordre et sans chercher à être exhaustif) d’abord parce que nos références en la matière, c’est-à-dire la critique vidéo ludique utilisant ladite méthode, sont limitées à ce que nous connaissons et ce que nous pouvons lire ou pouvons nous procurer comme matériau ; ensuite parce que ces deux personnes sont considérées comme des « portes parole » de la critique vidéo ludique française (Chièze et Cario n’ont jamais démenti cette « appellation contrôlée »), qui apparaissent en tant que tels sur les plateaux de télé (M6, LCI), à la radio, sur internet (Arrêt sur image), dans des journaux qui se donnent l’air de compter (Libération) : ces deux personnes sont donc particulièrement pressenties pour illustrer nos propos ; enfin parce qu’elles affichent des ambitions importantes : parler du jeu vidéo de façon « critique », « autrement », dans le cas de Chièze des lettres ouvertes au gouvernement sont émises, etc. ce qui nous semble d’autant plus poser un problème critique : sont-ils réellement ce qu’ils prétendent être et ce que l’on affirme qu’ils sont ou ne font-ils que passer pour ce qu’ils prétendent être, passer pour ce qu’on affirme qu’ils sont ?), la remise en question de ces deux dogmes est donc la suivante :

      1, ce que disent les journalistes qui utilisent ladite méthode, comme Chièze et Cario, n’est pas immédiatement, par le fait même, doué de signification (et l’on n’est pas tenu de faire comme si tout ce qu’ils racontent a toujours, par le fait même, un sens).

      2, le jeu vidéo est considéré indûment comme un objet et/ou un mot qui possèdent le pouvoir merveilleux de répondre à toutes les objections et de résoudre à peu près toutes les difficultés qu’ils engendrent ; le jeu vidéo possèderait une espèce de « vertu dormitive » qui le préserve de toute réflexion un peu différente que celles que veulent bien reconnaître les « experts » utilisant ladite méthode.

      (remarquez au passage que votre post ne fait que répéter ce qu’il s’agit de remettre en question dans mon article…)


    • 2, Le double problème de la clarté et de la difficulté :

      Le terme « abscons » que vous employez est quelque peu équivoque. Que voulez-vous dire par là ? Que l’article est difficile à comprendre ou qu’il est incompréhensible ? Qu’il est en droit possible de le comprendre moyennant un petit effort de lecture ou qu’il est définitivement impossible d’en tirer la moindre problématique ou la moindre idée claire ? Le manque de clarté n’est pas équivalent à la difficulté : si un article peut être clair et difficile en même temps, s’il peut être clair et facile en même temps, il peut tout aussi bien être difficile et confus, facile et confus, etc.

      Par ailleurs, ne perdez pas de vue le fait que cet article est une satire : il s’agit de suggérer ce qui est important, en utilisant précisément ici le non-sens. Si « abscons » fait pour vous référence au passage où je décris la forme « enrichie » de la connaissance selon ladite méthode (au moyen de pseudo formule logique), ce qu’il s’agit précisément de comprendre c’est que le manque de clarté n’est pas ici un impensé, mais l’élément satirique lui-même ! Ce passage n’a précisément pas de sens et cela revient à dire que ceux qui utilisent ladite méthode ne produisent pas non plus de signification ! Cette méthode, sous prétexte de produire des discours « faciles », se croit à l’abri du non-sens. Mais, comme on a dit plus haut, ce qui paraît facile n’est pas pour autant sensé, clair, etc., et peut tout à fait être confus, incompréhensible, malgré cette apparence de simplicité.

      La plupart du temps, lorsque l’on a terminé la lecture d’une production commandée par ladite méthode, on n’est pas en mesure de comprendre où l’auteur voulait en venir et il n’est même pas possible de retenir la moindre idée. Le paradoxe de ce genre de production est donc le suivant : ces gens ont des responsabilités communicationnelles, mais ils ne communiquent rien ! Sous couleur de respect de leur lectorat (cette espèce de journaliste fixe en effet arbitrairement (en réalité ce sont les études de marché qui fixent ce qu’il est possible ou non de dire !) les limites prétendues des capacités de compréhension du lecteur) et afin de ne pas être « abscons » (car pour eux ce qui demande un effort de compréhension (et sans doute un effort de réflexion avant la rédaction) semble être directement confus et sans intérêt (en un mot : contre-productif)), cette méthode engendre des discours sans intérêts : « le verbe communiquer est presque devenu complètement intransitif. Vouloir communiquer quelque chose de déterminé ressemble de plus en plus à une incongruité […], le contenu est en train de devenir largement indifférent : prétendre dire réellement quelque chose (et non simplement parler) et tirer de ce qu’on dit quelque chose qui aille au-delà de l’impression, de l’affect ou de la résonnance purement psychologique, exiger du lecteur un effort intellectuel qui dépasse le niveau de la simple communion « phatique », revient justement à introduire une perturbation sérieuse dans le mécanisme ordinaire de la communication tel qu’on le comprend aujourd’hui » (Jacques Bouveresse, Rationalité et cynisme, pp. 202-203).

      Je demande simplement dans cet article, comme le dit encore Bouveresse, ce qu’on devrait normalement exiger d’un journaliste : « un effort minimal d’information en ce qui concerne les « faits » et un minimum de pertinence et de jugement dans le commentaire. Or, le moins que l’on puisse dire est que nous sommes, sur ce point, extrêmement loin du compte : vu de l’extérieur, le système fonctionne avec un cynisme tellement évident, l’ignorance sélective, la partialité systématique et le mensonge délibéré sont devenus tellement naturels et habituels qu’on ose à peine rappeler que l’objectivité – dans les limites du possible – fait toujours en principe partie des règles de la profession, quelque soit la matière sur laquelle elle s’exerce » (Ibid., pp. 203-204).


    • 3, Le problème des limites de la pertinence de la critique vidéo ludique et ses enjeux politiques :

      « Quelque soit la matière sur laquelle elle s’exerce » : je ne vois pas en quoi le jeu vidéo, en tant que tel et directement, dispenserait de produire un discours commandé par un minimum d’objectivité. Je n’ai jamais compris cette objection qui consiste à affirmer que le jeu vidéo n’est pas un objet de réflexion : l’idée de divertissement elle-même, si c’est de cela qu’il s’agit, est un objet d’étude à part entière ! Bref, cette idée est vide de sens…

      Vous soutenez qu’il faut tenir compte de limitations contextuelles : certes, mais lesquelles ? Qu’entendez-vous par là ? Cette assertion ne me paraît absolument pas évidente. Parlez-vous du rapport lecteur/journaliste qui représenterait une délimitation du champ de pertinence critique ? Parlez-vous de la demande des lecteurs ? Mais cette demande est-elle « naturelle » ou n’est-elle que l’effet d’une certaine forme de critique nullissime faisant que l’on constate ce qu’en réalité on engendre ?

      Contrairement à ce que vous affirmez, la relation lecteur/journaliste est éminemment et précisément « politique ». Si le jeu vidéo n’est pas un objet politique en lui-même (ce qu’il s’agirait encore de justifier…), le discours critique sur le jeu vidéo représente quant à lui un problème politique (bien sûr, il ne faut pas définir la politique comme étant exclusivement la lutte pour le pouvoir dans le cadre d’institutions données), parce qu’il représente une interaction communicationnelle dans l’espace public entre « citoyens » et « experts du jeu vidéo ».

      De ce point de vue, se pose le problème de la fonction politique de la critique. Comme le dit Castoriadis dans un texte intitulé « La fonction de la critique » (in Fenêtre sur le chaos) : « Il s’agit des exigences d’une société démocratique au sens vrai du terme. Dans une telle société, la fonction critique est vitale, au niveau de la culture comme à tous les autres. Car la meilleure définition que l’on puisse peut-être fournir de la démocratie est celle d’un régime d’autoréflexivité critique ». Selon cette définition de la démocratie, la politique est avant tout exercice critique et possibilité d’instaurer un rapport critique envers l’institution : celle du jeu vidéo ne fait pas exception ; et ce n’est pas parce que la plupart des journalistes qui squattent et/ou monopolisent la parole à propos de cet objet (journalistes qui se font passer ou sont présentés comme des experts du jeu vidéo) ne se posent pas la question des enjeux politiques de leur profession et dans lesquels ils engagent l’objet jeu vidéo que ces enjeux n’existent pas !

      Dans ce même texte Castoriadis affirme que la fonction de la critique prend sens dans une relation à trois termes : auteurs, critiques, publics. Selon lui, aucun des pôles en présence ne peut jouer un rôle, positif ou négatif, sans la complicité des deux autres. Le philosophe s’empresse ensuite de remarquer que dans les faits, cette première proposition n’est pas vraiment tenable parce que chacun des trois pôles ne possède pas les mêmes capacités d’accès à l’espace public, ni la même effectivité sur celui-ci (c’est pourquoi, lorsque vous dites que je m’acharne sur Chièze ou Cario plus que de raison et qu’ils deviennent alors comme les victimes d’une maltraitance, vous ne dites pas grand-chose de sensé parce que deux pauvres articles fabriqués sur Interface n’ont aucune effectivité critique face à l’omniprésence des deux journalistes sur le front des médias qui causent de cet objet qu’est le jeu vidéo…). Il s’agit également de remarquer que l’ajustement des intérêts entre ces trois pôles n’est pas l’effet d’une critique commune, mais bien plutôt, selon Castoriadis, l’effet d’une démission critique généralisée : c’est parce qu’on détruit la critique réelle et qu’on institutionnalise une pseudo-critique stérile que ces trois pôles parviennent à s’ « entendre » : c’est alors l’actualité mercantile que l’on confirme et qui a la charge de l’ajustement des intérêts.

      Pour le philosophe, c’est ainsi la responsabilité critique qui devient la marchandise la plus rare, alors quelle devrait croître en même temps que s’accélère la production d’objets culturels. Castoriadis répète un air bien connu, mais que l’on déconsidère par cynisme ou que l’on rejette sous prétexte de déontologie : « la vulgarité contemporaine est l’effet de la marchandisation générale, et le triangle auteur-critique-public est de plus en plus plongé dans cette marchandisation, dans une complicité réciproque, tacite de la part du public, explicite entre auteurs et critiques par l’intermédiaire des maisons d’édition [la transposition de ce genre de constatation dans le monde du jeu vidéo ne semble pas hors de propos !] ». Le problème pour Castoriadis n’est pas tellement qu’il existe quelque chose comme une corruption organisée au nom des intérêts marchands, mais plutôt que cette corruption est officiellement reconnue et représente les règles mêmes de la méthode critique aujourd’hui : « l’important est qu’aujourd’hui il n’y a presque plus que cela, que la marchandisation envahit tout, qu’elle ne peut fonctionner sans la fabrication de « vedettes » d’une saison, que ce processus s’inscrit dans des mécanismes d’une formidable efficacité comme la t.v, que cela tend à écraser tout le reste et que tout tend à se régler d’après l’Audimat ».

      Il ne s’agit donc pas de dire pour nous, à Interface, que le jeu vidéo doit recevoir quelque chose comme une critique scientifique et tomber dans cette idée puérile du tout ou rien : ou bien toute critique est scientifique et représente une démonstration nécessaire, ou bien aucune critique n’a de sens. Entre ces deux positions extrêmes existent des positions intermédiaires à la portée des journalistes critiques : Castoriadis encore : « Il ne s’agit pas de critique scientifique […], il s’agit du devoir élémentaire de la critique, qui est d’être informative et argumentative, qui doit permettre au public de se forger un jugement provisoire et argumenté sur la qualité [de ce dont il s’agit], l’inciter à aller voir de plus près – ou, le cas échéant, de l’en dissuader ». Ce genre de critique favoriserait sans doute des controverses ayant un minimum d’enjeu intellectuel, plutôt que des pseudo-discussions autour de problèmes d’érudition sans intérêt dans lesquels on se demande si, dans le troisième opus de telle série de jeu vidéo, il n’y pas une contradiction parce que le héros porte des chaussettes rouges et non pas vertes….

      Je me permets de citer Bouveresse en guise de conclusion : « La raison de cela est sans doute qu’on aime mieux être séduit que d’être convaincu par des analyses et des arguments et que la séduction passe même pour une façon plus démocratique d’imposer aux autres ses propres conceptions. J’ai toujours considéré que ce qui est le plus conforme aux exigences de la démocratie est de faire appel aux capacités de jugements et de raisonnement du lecteur, plutôt qu’à ses sentiments et à ses émotions » (Prodiges et vertiges de l’analogie, pp. 150-151). Mais bien évidemment, tout cela ne doit pas faire problème puisque le jeu vidéo est un objet non problématique par essence, comme vous le répétez tranquillement après ceux qui tiennent pour ladite méthode journalistiquo-sensationnalisto-prophétique, que les travaux de Chièze et Cario illustrent, selon nous, assez convenablement.

      Cordialement,

      Tonton

      ps : j’ai du poster ce message en trois fois, il était trop "gros" pour un seul post.


    • Permettez-moi de vous dire que vous êtes clairement ridicule monssieur. La critique dénuée de sens d’un journalisme vidéoludique passionné qui nous manquait ces dernières années est un frein en soit pour le jeu video.


    • "La critique est aisée mais l’art est difficile". Pourriez-vous développer votre critique chère ami ? n’aurait-on pas le droit, selon vous, de critiquer un journaliste sous l’étrange prétexte que celui-ci est fun ? la rédaction attend vos justes critiques (argumentées cela va sans dire !) avec impatience.
      Votre serviteur et camarade
      Karl


    • Monsieur,

      Vous avez saisi l’essentiel, à savoir le ridicule qui procède de l’absence de signification de ce que l’on raconte : mon article vise explicitement cette espèce de ridicule afin de faire pressentir, au moins un peu, qu’elle est celle du journalisme vidéoludique le plus répandu en général et, en particulier, celle de l’un de ses "portes-parole " les plus "illustres " (en France, j’entends bien).

      Être passionné est sans doute une belle et grande chose, mais elle ne met pas à l’abri, ipso facto, de la bêtise ou de l’absurdité. Tout discours passionné ne fait pas du même coup sens et l’on n’est pas tenu de faire toujours comme s’il le faisait.

      Les trois "axiomes" de ce genre de journalisme sont les suivants : 1, le jeu vidéo est un objet qui par essence rejette tout discours à prétention critique 2, le discours passionné est le seul discours que l’on peut tenir sur le jeu vidéo 3, le seul rapport adéquat entre auteurs et lecteurs est celui de la communion immédiate des esprits passionnés. Vous reconnaitrez que ce genre de propos a pour corollaire : 1, toute critique qui ne prend pas la forme d’une non-critique est nulle 2, on ne peut faire autrement que comme on le fait (ce qui est assez drole dans le cas de gameblog qui affirme parler de jeu vidéo "autrement" : soit le site se contredit en affichant cette prétention, soit il pense être le seul à parler du jeu vidéo comme il faut le faire (ce qui serait précisément alternatif), ce qui est une prétention aussi ridicule que fausse) 3, la preuve : les lecteurs ne se plaignent pas et sont au contraire nombreux.

      Le problème le plus important, à mon avis, est le rapport de séduction qui s’institue entre ce genre de journalisme passionné et le lectorat, rapport de séduction favorisé par l’absence de contenu et de signification des discours soutenus, et qui représente une démission critique à peu près complète : il n’y a rien à échanger, à comprendre, à critiquer (et les enjeux intellectuels les plus importants sont du type : "ouais c’est bien ! Ah non moi je ne trouve pas ! Ah ben finalement à chacun son opinion, pour peu qu’ils soient tous passionnés !") mais l’on se reconnaît seulement par des clins d’oeil, le partage de préjugés, etc.

      J’ai tendance à penser qu’il y a quelque chose de proprement dérangeant dans cette communion immédiate des esprits (si vous critiquez le rapport journaliste/lecteur le premier vous répond que l’on abêti outre mesure le second, celui-ci qu’il sait tout à fait tout ce qu’il y a à savoir et que c’est pour cette raison qu’il a choisi celui-là). Bref, reportez-vous à l’article Moi+moi+moi qui traite de ce problème.

      Quant à la réduction que vous opérez entre le jeu vidéo et ce genre de discours tenu par cette espèce de journalisme - au point de dire que critiquer cette façon de faire, c’est faire obstacle au jeu vidéo lui-même (remarque qui ressemble d’ailleurs plus à une boutade qu’à autre chose, comme tout votre post ressemble à une boutade faite exprès pour me faire perdre mon temps...) - je vous conseille seulement de prendre un peu l’air et de voir (puis comprendre si possible) ce qui se passe par ailleurs.

      Vous verrez très vite que le jeu vidéo n’est pas dépendant de ce genre de pratique journalistique et qu’à l’inverse de ce que vous affirmez après les Chièze and Co., c’est bien plutôt cette dépendance que l’on s’efforce de faire passer pour nécessaire, naturelle, etc. qui est précisément un obstacle pour le jeu vidéo (discours unique sans critique, absence d’enjeux intellectuels dans ce qui est appelé "réflexion", juxtaposition des opinions comme forme la plus abouti du débat, réification des mêmes réseaux économiques, etc.).

      Bien à vous,

      Tonton


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Notes


[1Jacques Bouveresse, Satire et prophétie : les voix de Karl Kraus, I, Karl Kraus, le monde intellectuel et la presse, 3, La presse et l’opinion publique, Agone, Marseille, 2007, pp. 37-38