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dimanche 1er décembre 2013

Le monde diplomatique et les jeux vidéo

A propos du dossier "L’empire des jeux vidéo"

Pour utiliser un terme à bien des égards fâcheux, l’actualité internationale de ces mois de novembre et de décembre doit être ou particulièrement pauvre ou exceptionnellement pacifiée pour que Le Monde Diplomatique consacre un dossier représentant à peu près 18% de son espace informatif à quelque chose comme "L’empire des jeux vidéo".
Bien entendu, on ne sait pas bien quel genre de relation il peut exister entre le nombre de pages consacré à telle thématique dans tel mensuel et son importance réelle et, bien entendu encore, libre à la rédaction de Le monde diplomatique de fixer ce genre de relation.

On ne peut cependant s’empêcher de se demander si, compte tenu des engagements traditionnels du mensuel (diplomatie, justice, inégalités, critique des médias, etc.), ces 18% abandonnés à "L’empire du jeux vidéo" n’auraient pas mieux été investis ailleurs : quelle(s) urgence(s) particulière(s) pousse(nt) un mensuel comme Le monde diplomatique à opérer un choix comme celui-ci ?
Sans prétendre répondre à une telle question, et sans négliger l’importance relative d’un tel thème de réflexion, il faut remarquer que ce choix ne semble pas manquer d’opportunisme et ressemble assez bien à un judicieux placement économique puisqu’il coïncide à peu près avec la sortie des nouvelles consoles de Microsoft et de Sony en France (respectivement les 22 et 29 novembre 2013).
Les urgences économiques pèseraient-elles à ce point sur Le monde diplomatique pour que celui-ci doivent céder près de 20% de son espace d’information mensuel disponible à l’actualité la plus rentable, ou tout simplement à de l’actualité rentable afin, comme on dit, de faire d’une pierre deux coups, c’est-à-dire de la bonne information de surcroît rentable ?
On peut redouter ici que le temps court des retours sur investissement - l’actualité en un certain sens - se substitue aux temps plus longs et risqués de la réflexion suivie, instruite et approfondie sur des thèmes moins vendeurs - l’actualité en un certain autre sens.

Mais une autre source d’inquiétude semble attachée à ce dossier sur "L’empire des jeux vidéo". En effet, il semblerait que l’un des autres engagements traditionnels du mensuel consiste bel et bien à défendre, contre la démagogie et la pseudo expertise, un propos informé et exigeant, le plus souvent instruit par des intervenants dont la légitimité scientifique est acquise par d’autres voies que les réseaux d’intérêts, la popularité ou l’expertise autoproclamée. Bref, Le monde diplomatique s’efforce traditionnellement, dans l’esprit de ce que l’on pourrait appeler "les lumières éclairées", de promouvoir, sans illusions scientistes, le discours savant et la vulgarisation de qualités afin d’en assurer la diffusion dans l’espace public. Le postulat devant être alors à peu près le suivant : c’est encore par la connaissance objective que l’on a quelque chance de se défendre contre les manipulations diverses.
Or, dans cette édition du mois de décembre, l’on constate que sur les 5 articles qui constituent le dossier dont il s’agit, et pour être charitable, 2 sont écrits par des spécialistes (dont au moins l’un d’entre eux est un universitaire directement spécialisé sur la question qu’il traite). Quant aux 3 autres articles, ils sont rédigés par des personnes dont on peut tout simplement (et semble-t-il légitimement) se demander de quelle espèce de légitimité intellectuelle elles peuvent bien jouir ? Le monde diplomatique encouragerait-il, encore sous la pression de l’urgence économique peut-on supposer, la pseudo expertise, le copinage, les renvois d’ascenseur, l’accès à la parole autorisée par la voie du capital social, l’expertise autoproclamée, etc. ?
Ce qui est ici en jeu, outre la qualité scientifique de l’information jetée dans l’espace public, c’est bien ce que l’on pourrait appeler, pour utiliser une nouvelle fois un mot et une expression fâcheux, l’"idéologie du débat" contre "la norme du vrai" et au final, la substitution de la juxtaposition arbitraire d’opinions ou de croyances à la recherche du vrai : il est alors plus important de dire sincèrement ce que l’on croit (idéal de sincérité) que de faire l’effort de croire seulement ce qui a des chances raisonnables et sérieuses d’être vrai (idéal de vérité) : suffit-il (condition suffisante) d’exprimer sincèrement ce que l’on croit pour dire savoir ou connaître ?

Le monde diplomatique s’est souvent défendu de ne pas ressembler à la presse d’actualité (c’est-à-dire à la presse contrainte par les urgences économiques de la rentabilité à courts termes), en postulant grosso modo, au travers d’un raisonnement par affirmation de l’antécédent, que : si les urgences économiques commandent, alors la recherche du vrai est rendue difficile. Or les urgences économiques commandent une certaine presse, donc nécessairement la recherche de la vérité est rendue difficile pour cette presse. Corollaire : l’urgence économique est une forme de censure (contre la libre recherche et la libre discussion en l’occurrence). (Bien sûr, cet engagement n’a de sens que si l’on partage la conviction que la recherche et la diffusion de quelque chose comme la vérité a une importance cruciale pour la démocratie politique).
Le plus souvent, la discussion porte sur la valeur de vérité qu’il faut attribuer à la 1ère prémisse du raisonnement ("si les urgences économiques commandent, alors la recherche du vrai est rendue difficile"). Sans entrer dans une telle discussion, il reste à espérer que ce dossier sur "L’empire du jeu vidéo" ne soit pas, comme on peut cependant le craindre (opportunisme et choix des intervenants), l’effet de la censure économique dans un des derniers bastions qui tâchait encore de lui résister.

par Tonton


©image CC : IBT

Messages

  • Et sinon vous l’avez lu le dossier (auquel j’ai participé pour que ce soit clair) ? Je pense qu’il y a pas mal à en dire, y compris quant à l’opportunité / la possibilité de d’écrire des choses intéressantes sur le JV dans le Diplo, mais juger sur pièces ce ne serait pas plus mal...

    J’avoue que l’exercice est compliqué, je ne sais pas s’il est réussi, mais je ne pense pas que ce soit une question purement économique... Il y a aussi une nouvelle génération qui arrive au Diplo, pour qui le jeu vidéo n’est pas un objet totalement étranger.

    PS : Le dossier a été reporté d’un mois à cause de l’actualité en Syrie, ce qui est tout à fait normal.


  • Comme vous l’aurez constaté à la lecture attentive de la plupart des articles publiés ici, il s’agit d’un site qui critique le discours médiatique tenu sur le jeu video. A ce titre, l’une des interrogations possible est la suivante : qui intervient dans l’espace public ? ou qui devrait y intervenir et pourquoi ?

    Ainsi, dans cette perspective, est-il normal que cette remarque sur le dossier "L’empire du jeu video" publié dans Le monde diplomatique ne critique pas directement le contenu precis des articles qui, quand bien meme il serait tres bon, ne reglerait pas du tout le probleme dont il s’agit ici, à savoir la legitimite d’un tel dossier et celle des intervenants.

    Vous dites que le choix du dossier s’explique en partie au moins par le fait qu’"il y a du changement à la redaction du Monde Diplomatique", mais il n’y a tout simplement, en l’etat, aucun rapport entre cette remarque et la question de legitimite dont il sagit.

    Ps : je me permets de vous rappeler que vous n’avez pas voulu poursuivre l’echange sous l’article ’Etre a la page’ lorsque je citais des passages de votre article qui semblaient entrer en contradiction directe avec votre ligne de defense. Mais je suppose que vous avez tout pouvoir pour interrompre une discussion quand bon vous semble, cest a dire quand la critique se fait un peu trop insistante ou précise


  • J’essayerai de revenir plus longuement sur les Guayakis, mais il faudra que je me remette le débat en tête.

    Une chose que je ne comprends pas dans votre billet c’est l’absence de noms... Je reconnais sans peine Mathieu Triclot, mais qui est l’autre "spécialiste" ? Je n’ose imaginer que c’est moi vu le peu d’estime dans lequel vous semblez tenir ma production... Qui sont les 3 "personnes dont on peut tout simplement (et semble-t-il légitimement) se demander de quelle espèce de légitimité intellectuelle elles peuvent bien jouir ?" qui se ne doivent leur place dans le dossier qu’à "la pseudo expertise, le copinage, les renvois d’ascenseur, l’accès à la parole autorisée par la voie du capital social, l’expertise autoproclamée, etc. ? "

    Qu’apporte à l’intelligibilité de votre critique cette répugnance à nommer ? Là j’avoue que vous me perdez, puisque moi-même, pourtant a priori à peu près renseigné sur ce dossier je ne suis pas certain...

    — > "Vous dites que le choix du dossier s’explique en partie au moins par le fait qu’"il y a du changement à la redaction du Monde Diplomatique", mais il n’y a tout simplement, en l’etat, aucun rapport entre cette remarque et la question de legitimite dont il sagit."

    A la "légitimité" (notion que je vous laisse), peut-être pas, mais ça me paraît une explication qui peut avec un certain degré de plausibilité remplacer votre hypothèse de la seule raison économique.

    Une autre explication serait que parler des jeux vidéo s’inscrit dans la "critique des médias" et dans une perspective d’analyse économique... qui me paraît un des objectifs du Diplo.


  • "J’essayerai de revenir plus longuement sur les Guayakis, mais il faudra que je me remette le débat en tête" —> le problème, à mon sens au moins, s’articule autour du raisonnement par analogie (c’est pourquoi j’ai souligné ce que j’ai souligné dans vos citations : analogies positive ou négative et référence aux tests que l’on peut faire passer à ce genre de raisonnement : 1) degré d’analogie 2) pertinence de l’analogie 3) exigence des données complètes. Je répète enfin qu’il ne s’agit pas de reprocher à cet article de ne pas être un article scientifique : on ne va pas faire comme si entre la science et le non-sens, il n’y avait rien du tout d’acceptable).

    "Une chose que je ne comprends pas dans votre billet c’est l’absence de noms... Je reconnais sans peine Mathieu Triclot, mais qui est l’autre "spécialiste" ? Je n’ose imaginer que c’est moi vu le peu d’estime dans lequel vous semblez tenir ma production... Qui sont les 3 "personnes dont on peut tout simplement (et semble-t-il légitimement) se demander de quelle espèce de légitimité intellectuelle elles peuvent bien jouir ?" qui se ne doivent leur place dans le dossier qu’à "la pseudo expertise, le copinage, les renvois d’ascenseur, l’accès à la parole autorisée par la voie du capital social, l’expertise autoproclamée, etc. ? "" —> l’absence de noms renvoie à l’absence de aux qualification(s) PERTINENTE(S) des auteurs des articles : si elles existent, elles ne sont pas données ; enfin, si elles n’existent pas, pourquoi untel plutôt qu’untel ? D’où l’hypothèse du copinage, aussi sincère puisse-t-il être, mais ce n’est qu’une hypothèse. Et sachez tout de même que je trouve tout à fait bons certains de vos articles, mais j’ai la faiblesse de n’écrire que sur ceux que je trouve moins bons, et encore quand j’ai le temps ou tout simplement l’envie de le faire.

    "A la "légitimité" (notion que je vous laisse), peut-être pas, mais ça me paraît une explication qui peut avec un certain degré de plausibilité remplacer votre hypothèse de la seule raison économique" —> la "légitimité" est précisément le terme auquel il faudrait donner un sens. Qu’est-ce que ce terme peut bien recouvrir dans le cas du dossier dont il s’agit ? Cette hypothèse peut s’avérer pertinente, mais elle ne se substitue pas nécessairement à l’hypothèse économique. Il peut tout à fait y avoir plusieurs facteurs ou causes partielles qui entrent en jeu ici. Le problème étant d’éliminer autant que possible les facteurs illégitimes.

    "Une autre explication serait que parler des jeux vidéo s’inscrit dans la "critique des médias" et dans une perspective d’analyse économique... qui me paraît un des objectifs du Diplo." —> Certes. Le jeu vidéo peut tout à fait être un objet d’étude, et un objet d’étude pour le Diplo, ce n’est pas là le problème. Mais alors il faut reconnaitre que des spécialistes de la question (aux dernières nouvelles, l’économie est une discipline plutôt technique) ou des articles plus précis et portant directement sur les problèmes économiques réels que peut poser l’industrie du jeu vidéo auraient été plus pertinents que la seule énonciation magique de formule comme "processus de ludification de la réalité" etc. A quoi peut bien correspondre dans les faits une telle expression ? Comment la mesure-t-on ? etc. Pourquoi ne pas regarder de près les conditions des travailleurs dans l’industrie du jeu vidéo, etc. ?

    Je dois avouer que prendre la parole dans un tel média ne doit pas aller sans difficulté. Mais enfin, si l’on n’est pas sûr de dire quelque chose d’informer ou d’assez clair et précis, si l’on croit que d’autres sont plus capables de le faire, on est pas tenu non plus de s’exprimer à tout prix.


  • Le dossier a été compliqué à monter je pense... j’ai suivi de très loin, mais je crois que tout ce qui était prévu, notamment sur une vision a l’intérieur de l’industrie n’est pas allé au bout, même si je trouve que le papier sur l’industrie au Québec se défend.

    Les autres rédacteurs n’ont pas de qualification précise parce que... ce sont des journalistes du Monde Diplo (Pierre Rimbert et Benoit Breville sont même rédacteurs en chef) qui sont cités dans l’ours mais dont les noms apparaissent traditionnellement sans commentaire quand ils signent un papier.

    Des journalistes généralistes sont-ils les plus qualifiés ? Je ne sais pas (même si leurs papiers sont à mon sens plutôt intéressants, c’est plus la cohérence du dossier qui me paraît plus critiquable), mais je ne pense pas qu’ils écrivent simplement par copinage...



  • J’avais quelques remarques a faire Martin. Et puis je me dis que l’on ne peut pas être désagréable avec notre seul lecteur/interlocuteur. Et ça, même s’il se comporte comme une brute de cours de recré sur twitter.


  • Et moi qui croyais que les twit clashs, c’était sur Twitter.

    Ouais, j’ai eu la faiblesse de réagir à votre papier sur Twitter, un peu énervé. Je n’ai pas votre sens de la modération, c’est évident.

    Du coup je vais faire comme à la récré : je ne jouerai plus avec vous les copains. :)


  • Et moi qui croyais que les twit clashs, c’était sur Twitter.

    Oui, à cette règle morale étrange je préfère respecter celle qui veut qu’on n’insulte pas les gens sur la place publique (au moins on ne laisse pas faire)... que ce soit la mode ou pas (l’espère de coutume du moment quoi...). Comme d’habitude, c’est dommage, il n’y avait pas de quoi s’énerver. La moindre réserve est toujours déjà une insulte...

    Tant pis aussi pour les conditions d’élaboration de ce dossier, mais je compte sur toi pour revenir dessus dans un prochain article de Merlanfrit.

    Concombres, carottes, elles sont belles mes courgettes ! (je vois que ça continue sur twitter ;) ).

    Bref, bonne route, pour ma part, je viendrais discuter sous vos articles si j’ai toujours le droit cette semaine.


  • Oh, c’est émouvant !

    Il est à noter qu’il existe une loi selon laquelle : "Si un message fait moins de 160 caractères, alors il est considéré comme un message privé". Cette loi est complétée par cette autre : "Un message public peut être considéré comme privé si cela offre quelque avantage". Ces lois sont toutes tirées du Code de bonne conduite pour discuter avec Martin Lefebvre, élaboré par Martin Lefebvre à l’adresse de toute personne qui voudrait discuter avec Martin Lefebvre dans des termes qui ne sont pas forcément choisis par Martin Lefebvre et non pas seulement croire ce que croit aussi Martin Lefebvre.

    On y trouve aussi, dans le désordre et dans un chapitre intitulé "De l’art de la discussion et de la dispute" : "Tout désaccord est toujours déjà une insulte" ; "Tous les moyens sont bons pour discréditer l’autre, qui a par définition toujours déjà tort" ; "Préférer répondre a la flatterie plutôt qu’à la critique (en négligeant prioritairement le problème réel dont il peut s’agir) et jeter un discrédit a priori sur le ton volontairement polémique" ; "Considérer comme nul et non avenu tout propos qui exige un effort minimal de réflexion" ; "Comprendre, c’est savoir en gros que l’autre croit lui aussi ce que l’on croit soi-même" ; "L’irrespect consiste à froisser les croyances de Martin Lefebvre ou à vouloir les juger d’un peu plus près : ceci impliquant cela" ; "Tout raisonnement débile est acceptable s’il est produit avec amour" ; "L’important c’est d’aimer (Pascal Obispo)".

    Il est à noter que l’ouvrage s’ouvre de la façon suivante : "Tout ce que croit Martin Lefebvre est vrai, car Martin Lefebvre ne peut pas croire le faux, comme l’atteste les nombreuses louanges dont il est l’objet. Qu’il s’en suive ce qu’il doit s’en suivre"
    .

    (Curieux d’ailleurs que vous ne nous suggériez pas d’aller nous faire sodomiser, comme vous l’aviez fait explicitement sur la place publique il y a quelques temps (parce que nous avions eu l’outrecuidance de ne pas être d’accord avec vous puis de persister dans notre désaccord, malgré vos appels à la paix : soyez moins butés, soyez plus cool, passez à autre chose, puisque je vous le dis !)).


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