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mardi 20 novembre 2007

Umbrella : nouveau Prince de ce monde

Resident Evil comme symptome des peurs du temps

Si on prend un jeu vidéo comme Resident Evil et que l’on essaie d’en dégager le type d’inconscient collectif dont il est vecteur, on découvre un motif bien connu de l’imaginaire politique : celui du complot à vaste échelle.

Le "complexe militaro-industriel " voila le nom cristallisant depuis plusieurs décennies nos hantises collectives les plus profondes. Ce monstre protéiforme mêle tout à la fois le vieux motif du complot et la peur de ce qu’un célèbre habitant de la Forêt Noire appelait "le déchainement de la technique planétarisée " [1] . À nos yeux,la société Umbrella en est l’incarnation typique dans le jeu vidéo.

En effet si l’on réexamine l’origine et la nature de ce thème on voit qu’il s’agit de la reprise d’un thème religieux bien connu, le thème de la Providence. Si l’on se rappelle bien, la providence est la manière dont Dieu organise l’économie du monde. Dieu organise la marche du monde distribuant récompenses et châtiments, donnant sens et direction aux affaires humaines et ceci dans le but de réaliser un projet supérieur, mais dans l’ignorance complète des hommes. Derrière le chaos qu’on observe dans la conduite des affaires humaines se profile la réalisation d’un plan dont la finalité suprême est l’avènement de la cité de Dieu à la fin des temps.

Ce qui attire notre attention principalement c’est l’idée qu’il existe un principe caché présidant à l’ordre du monde et dont les humains ne sont que les jouets. De ceci naitra la version négative de la providence comme complot. L’idée du complot garde le principe d’un ordre caché sous l’apparent désordre du monde, mais avec la conviction que cet ordre est malfaisant et que tout concourt secrètement à notre perte. Apparait l’idée qu’existe un groupe d’individus tirant les ficelles à l’insu de tous, tout en restant tapi dans l’ombre. C’est ainsi que tous les maux de la Terre (guerres, épidémies, famine, krasch boursier, etc.) finissent par trouver une cause unique, un principe d’explication unique. (Par exemple, la peste noire de 1346 fut attribuée aux Juifs qui furent accusés d’empoisonner les puits afin de réaliser on ne sait trop quel funeste dessein).

C’est la raison pour laquelle on peut dire que la société Umbrella est l’incarnation de nos peurs. Elle symbolise l’idée du complot, mais sous une forme plus moderne.Elle associe d’une part les vieux aspects du complot de par ses caractéristiques ( forme tentaculaire repandue sur tout le globe, culte du secret, manipulation des masses, accomplissement d’un sombre dessein à l’insu de tous, etc.), mais en lui associant des angoisses plus contemporaines (peur des conséquences incontrôlées du génie génétique, peur de la désinformation dont les médias seraient le principal vecteur, peur de l’avenir).

Umbrella est le nom commun permettant de réunir sous un même mot la diversité des menaces. Le fait de pouvoir mettre un nom sur les maux de l’humanité donne le sentiment de pouvoir comprendre et rationaliser une situation globale apparaissant de plus en plus comme nous échappant complètement. L’idée de complot traduit le besoin de maîtriser son destin. En donnant une explication facile à nos maux, la notion de « complexe militaro-industriel » permet de réduire la complexité du réel à un principe d’explication unique, et ce faisant permet d’apaiser ce sentiment d’impuissance, résultant de l’incapacité de comprendre le monde, en désignant une entité unique condensant toutes les menaces de la modernité et en la vouant aux gémonies.

Un jeu vidéo comme Resident Evil permet de constituer un substitut symbolique à nos angoisses en les faisant s’incarner en une firme unique :Umbrella Corporation. Ainsi, Resident Evil réalise sur un mode sublimé la finalité que pouvait avoir le bûcher des sorcières. Il permet une réappropriation du réel en nommant la menace et en mettant en scène une résistence symbolique à la version postmoderne du « Prince de ce monde » (Satan dans la Bible) c’est-à-dire, le complexe militaro-industriel.

par Karl

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Notes


[1L’essence de la technique, Heidegger