The cult of fun has spread like some disgusting haemorrhagic disease

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samedi 7 juin 2008

WiiFit forme la presse - Episode II

L’empire continue d’attaquer ! Mais que fouttent les rebelles ?!

A la suite de Libération, Gameblog.fr se lance lui aussi dans l’exercice délicat de la critique du nouveau produit phare de Nintendo.

Discours préliminaires :

WiiFit n’est pas un jeu comme les autres. D’ailleurs, s’agit-il vraiment d’un jeu ? Vaste débat. C’est pour cela en tout cas que nous avons souhaité l’aborder d’une manière différente, et que ce test reflète ce nouvel éclairage.

Entrée en matière pour le moins prometteuse. WiiFit est une exception parmi la production vidéoludique. Mieux, il fait éclater les cadres de la critique traditionnelle (on n’en demandait pas tant !). Il pourrait même pousser à redéfinir la notion même de jeu vidéo. Il pourrait à lui seul forcer la critique à mettre en route ses méninges afin de proposer une définition de son champ de compétence. À savoir : qu’est-ce qu’un jeu vidéo ?

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UMP pour Marseille
Notons que les visages sont tous des figurants américains

Au même sens où l’on n’appelle pas “film” le dernier spot de campagne de l’UMP ou de la LCR, on ne peut peut-être pas appeler WiiFit un jeu. Difficulté épistémologique s’il en est, Gameblog.fr pose la question !

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Panel Gameblog.fr
Notons qu’ils travaillent (presque) tous à la télé

Vers un effort surhumain ?

La question du critère est une question difficile. Chercher un critère, cela ne vise ni plus ni moins qu’à délimiter le domaine de compétence de la critique. « WiiFit est-il un jeu vidéo ? » ne veut rien dire d’autre que « Qu’est-ce qu’un jeu vidéo ? » et « que peut-on critiquer en tant que tel ? »

L’enjeu est plutôt banal : si ce n’est pas un jeu vidéo, alors il faut cesser d’en parler, le laisser à la rubrique conso des magazines féminins (ou masculins). En revanche : si c’est un jeu, alors le cadre de la critique fonctionne et s’applique pleinement. La position critique pour l’auteur de l’article, c’est déjà savoir reconnaître ce dont on peut parler, ce qui peut justement faire l’objet de la critique. Mais c’est à ce moment précis qu’arrive cette phrase pour le moins perturbante :

de par son caractère si particulier, nous avons décidé de ne pas attribuer de note à ce produit.

Qui est ce "nous" ? La rédaction de Gameblog.fr ? JulienC tout seul (mais nous quand même !) ? En tout cas, on se dit qu’il y a eu un débat, puisqu’il y a une décision. Mais pourquoi n’avoir que la décision, alors que c’était justement le débat qui était intéressant . Le lecteur est laissé à part, de côté, avec le décret pour seule consolation. À savoir si WiiFit est, ou n’est pas un jeu, la réponse est claire : on ne notera pas…

On aurait préféré le débat.

Qu’est-ce que WiiFit ?

ou le critère de Davina-Bellemare

“Ils sont huit, et ils vont tenter de vous prouver que WiiFit, c’est fait pour vous !”

C’est un peu ce qu’on pense lorsqu’on voit la méthode mise en place par Gameblog.fr (le jeu vidéo autrement je vous dis !) panel tout à fait représentatif du nouveau joueur. On y retrouve :

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L’équipe de NRJ12
Où est Charlie ?


- Caroline, 22, animatrice (de télévision ?)
- Anthony, 24, Sportif de haut niveau
- Marjorie, 21, assistante de production (de télévision ?)
- Marie, 19, assistante-réalisatrice (de télévision ?)
- Thierry, 21, monteur (de télévision)/sportif
- Elsa, 19, étudiante (stagiaire télé ?)
- Camille, 19, étudiante (un clone ?)
- Yamina, 24, assistante de production (de télévision ?)

Alors, on voit tout de suite que pour ce qui est de l’émergence d’un nouveau critère pour définir le jeu vidéo, il faudra malheureusement attendre un peu. Toujours est-il que le petit monde de la télévision parisienne, ou du moins l’entourage de Gameblog.fr est vraiment partagé sur la question. Que nous dit donc ce que JulienC n’hésite pas à appeler grand public ?

Il dit finalement deux choses assez simples. Tout d’abord, c’est bien, mais pas pour ceux qui sont déjà sportifs. Sportifs de haut niveau s’entend. Les autres peuvent toujours utiliser WiiFit en tant que complément ou pour faire du sport sans avoir la sensation d’en faire. Le jeu offre plein d’avantages tout de même. Comme redresser sa silhouette, faire dégonfler ses chevilles, etc.

Ouf ! Seuls les sportifs de haut niveau n’auront pas besoin de WiiFit. Tous les autres trouvent au moins une bonne raison d’investir.

Redresser, vous avez dit dresser ?

Angoisse de notre époque, la silhouette est au cœur du dispositif WiiFit. Véritable concentré de fitness, la planche de Nintendo est perçue par ses utilisateurs d’abord sous le mode de la culture. Ah non pas comme la culture cinématographique ou littéraire, bien sur WiiFit ne fait pas penser à Charles B. ou Victor H. non.
Culture comme culture de soi, culture de son corps. Grâce à WiiFit, on peut changer. À quoi WiiFit nous fait donc ressembler ?

WiiFit impose une certaine rigueur […] il m’apprend à me tenir plus droit ! A revoir ma posture.

JulienC de Gameblog.fr

[...] tête droite et haute ; à se tenir droit sans courber le dos, à faire avancer le ventre, à faire saillir la poitrine, et rentrer le dos ; et afin qu’ils en contractent l’habitude, on leur donnera cette position en les appuyant contre une muraille, de manière que les talons, le gras de la jambe, les épaules et la taille y touchent, ainsi que le dos des mains, en tournant les bras au-dehors, sans les éloigner du corps [1]

Ici, ce n’est pas une des indications ou consignes que votre coach vous donne pendant le jeu, mais bien comment devait être le corps du soldat vers la fin du XVIIIe siècle.

Le joueur, on l’a bien compris, c’est quelque chose qui se fabrique. D’un corps de tous les jours, résultat de nos activités quotidiennes, notre travail, notre condition sociale (l’obésité par exemple affecterait plus facilement les personnes à faible revenu) - d’un corps de tous les jours donc, on nous promet de nous donner le corps de joueur dont on a toujours rêvé. Pour cela, rien de plus simple, il suffit chaque jour de passer un peu de temps devant sa télé à faire du sport sans avoir l’impression d’en faire.

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Publicité WiiFit - Nintendo

Force du concept ou trouvaille marketing, toujours est-il que le joueur jouant à WiiFit joue le jeu de Nintendo en modifiant son corps, qui était jusque-là l’ultime repoussoir pour la masse qui refusait de jouer parce qu’elle refusait de devenir grosse.

Rédéfinition du jeu vidéo ?

Gameblog n’est pas dupe et refuse de répondre à la question. On aurait pu voir alors que ce qui est en jeu, ce qui est redéfini avec WiiFit c’est l’image du joueur, celle qui agace tellement les éditeurs et les communicants de cette industrie. Gros, boutonneux, asocial. Aujourd’hui, le jeu vidéo change parce qu’il fait changer les joueurs. À coup de campagne publicitaire, on expose le joueur moderne en famille, avec les jeunes, et les vieux qui jouent ensemble. Mais aussi les maigres qui en jouant ne deviendront plus gros, au contraire ils pourront rester maigres et l’être plus encore ! On fabrique un joueur utile. C’est-à-dire qui répond aux demandes du marché. La firme, consciente des entraves que pose le corps du joueur à l’expansion du marché fabrique, par l’utilisation du marketing et du matraquage d’image, le joueur dont elle a besoin.

Toutefois, une bonne nouvelle pour les joueurs qui hésitent à encore à devenir "addict" : il semble que la perte de poids [Wikipédia] soit une des conséquences de l’addiction au jeu vidéo. Mais chut... tout ça n’existe pas.

Et alors ?

Il était utile de poser la question, parce qu’elle interroge en premier lieu ceux qui sont censés critiquer le média. Est-on dans un exercice de critique du jeu vidéo lorsqu’on parle de WiiFit ? Le simple fait que dans un magasin WiiFit se trouve côte à côte de Mario Galaxy, est-il suffisant ? Question critique parce que question des critères, de leurs critères. Gameblog.fr, donc, a le mérite de poser la question. Il leur revient également de ne pas y avoir répondu.

L’article de WiiFit révèle une chose infiniment plus précieuse que le clivage fille/garçon que prétend faire émerger l’article. Les idées et le discours hygiéniste sont plus présents que jamais, plus diffusés dans la société que jamais, jusque dans cette contre-culture autoproclamée que vend la presse vidéoludique.

En tout cas, chez Gameblog.fr et pas vraiment autrement qu’ailleurs, le pari de Nintendo est réussi, on change l’image collective du joueur. Il n’y a qu’à voir le physique du panel du test. Voici une des réactions sur le forum de Gameblog :

Je veux le numéro de téléphone de Caroline, Yamina, Marie, Elsa, Marjorie et Camille.

Merci.

Marumoto, sur le forum [Marumoto]

Il peut aussi être beau et musclé, allez-y jouez, c’est pas que pour les boutonneux. Comme le dit Foucault :

on a « chassé le paysan » et on lui a donné « l’air du soldat ».

Cette posture qui est aujourd’hui transversale dans le jeu vidéo trouve également son analyse dans cet article de Tonton.

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Notes


[1J-B de La Salle, Conduite des Ecoles Chrétiennes, éd. de 1828, p. 63-64. Cf. planche n°8